Tout ce qui nous reste de la poésie de Pindare nous montre en lui un vif sentiment de la dépendance de l homme vis a vis des dieux, auxquels celui ci doit tout, le bonheur et meme la vertu. Mais il ne se représente pas la providence divine comme étant elle meme libre absolument. Non seulement les dieux dépendent de leur propre sagesse, mais il y a, au - dessus de toutes les volontés divines et humaines, une loi irresponsable dont les arréts sont d autant plus inévitables qu elle n est elle meme liée par aucune nécessité morale, pas meme l idée de justice. " La loi, dit il, reine des mortels et des immortels, justifie et exécute d une main souveraine les actes les plus violents : j en tire la preuve des travaux d Héraklés, car il a trainé les boeufs de Geryon jusque devant le palais cyclopéen d Eurystheus, sans les avoir ni demandés ni achetés."

 

Le pieux lyrique assure ainsi l ordre du monde aux dépens de la liberté humaine, et sacrifie meme de la liberté divine ce qu il faut pour mettre les dieux a l abri des récriminations fondées sur l incompatibilité de certains enseignements religieux avec les principes innés de la conscience morale. Son ame se repose dans une confiance sereine en une providence qui ne cesse d étre parfaitement libre que pour étre parfaitement bonne. Il lui suffit que la piété soit un titre assuré a la protection des dieux, et sa muse franchit d un coup d aile les régions mal éclairées ou sommeillent les objections philosophiques.

 

Leclercq.